Accueil La foi chrétienne

Paolo Ucello, La Foi Le christianisme est une religion révélée : "La foi vient de ce que l’on entend" (Romains 10,17). Mais en quoi la bonne nouvelle proclamée ou entendue est-elle crédible, par qui est-elle garantie ? Au droit de prendre librement position correspond le devoir de rendre compte de cette décision, autant qu’il est rationnellement possible, vis-à-vis de soi-même et d’autrui. Beaucoup ont fréquenté le catéchisme, où la foi leur a été servie sous forme de "digest", de questions/réponses à apprendre par cœur. Or, on entend souvent aujourd’hui : "j’ai la foi", "j’ai perdu la foi" ou "je n’ai pas la foi", comme si croire était quelque chose qu’on possède, un cadeau tombé du ciel, octroyé par Dieu on ne sait comment, à certains et pas à d’autres.

"Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a révélé" (Jean 1,18)

La Création, Michel-Ange, la chapelle Sixtine
Aussi proche que Dieu puisse se faire, par son Fils Jésus Christ,
il reste le "Tout-Autre" et le Transcendant.
LX
Dieu est toujours en dehors de notre champ de vision

Dieu n'est pas seulement l'être qui se trouve en dehors de notre champ de vision, mais celui qui est essentiellement en dehors et le restera toujours, si étendu que devienne notre champ de vision. Croire, c'est admettre qu'au plus intime de l'homme existe un point tangent à l'invisible.

Joseph Ratzinger

Certitude, conviction, confiance ? La foi, selon le sens de la racine latine du terme (fides, fidere : fidélité, fiançailles ont cette même racine), est d’abord relation. Elle implique une dimension de confiance entre deux êtres. À chaque instant, nous faisons confiance aux autres, sinon notre vie serait impossible. Croire est l’acte le plus humain de l’humanité : croire en sa vie, en son mariage, en son pays, en ses enfants, en son Église, en un projet, en sa guérison… Au sens théologique, la foi représente cette même confiance que l'homme place en Dieu. Il faut d’abord distinguer l’acte de croire de l’objet ou du contenu de la foi.

Notion et objet de foi

Croire se situe à trois niveaux :
- Tu crois quelque chose, que ceci ou cela est vrai. Même si tu ne peux le prouver, tu l'acceptes car cela te semble sensé. Dans l'expression "je crois en Dieu", tu acceptes les données et convictions, qu’on appelle le "dépôt de la foi", ce dépôt de "vérités de la foi" auquel nous devons appliquer et même soumettre notre raison sans pouvoir toujours tout expliquer ou comprendre.
- Tu crois quelqu’un parce que cette personne te semble crédible.
- Tu crois en quelqu’un. Tu dis que tu te donnes à lui et t’en remets à lui en pleine confiance. C'est la foi à laquelle Jésus fait appel et dont il montre combien elle est essentielle à l'existence.

Saint Augustin mentionnait déjà ces trois niveaux de la foi : "Credere Deum, credere Deo et credere in Deum". Croire que Dieu est, le croire, croire en lui. La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle – appelée aussi théologale – qui rend l’homme capable, en illuminant son intelligence et en mouvant sa volonté, de donner un ferme assentiment à tout ce que Dieu a révélé, et cela non pas à cause de leur évidence intrinsèque mais par l’autorité de Dieu qui révèle. L’acte de foi est également la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle (cf. Cec 142). La Sainte Écriture appelle cet assentiment "obéissance de la foi" (cf. Romains 1,5 ; 16,26), laquelle reconnaît l’existence de Dieu et sa révélation dans la création, la Bible, les hommes, l’histoire.

De cette libre adhésion, l’existence individuelle ainsi que la vision du monde en reçoivent un sens nouveau. Ce sens revêt un caractère global, mais ne représente pas un système de pensée qui donnerait réponse à tout. Même si, comme le dit l’apôtre Pierre, "soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte" (1 Pierre 3,15), à savoir montrer à l'homme d'aujourd'hui qu'il est et reste raisonnable de poser, en toute liberté, l'acte de foi tel que l'Église catholique le propose. Haut

Les caractéristiques de la foi

Nous pouvons résumer ainsi les sept caractéristiques principales de la foi :
♦ La foi est un don. "Pour adhérer à cette foi, l’homme a besoin de "la grâce prévenante et aidante de Dieu" (Cec 153).
♦ La foi est un acte humain. Elle est la réponse de l’homme à Dieu par laquelle l’intelligence et la volonté coopèrent avec la grâce divine.
♦ Foi et liberté. "Pour être humaine, la réponse de la foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi.
♦ La connaissance par la foi. La foi nous donne à connaître des vérités naturelles et surnaturelles. L’apparente obscurité qu’éprouve le croyant n’est que le fruit de la limitation de l’intelligence, aveuglée par la lumière supérieure de la vérité divine. La foi est une anticipation de la vision de Dieu, face à face, au Ciel (cf. 1 Corinthiens 13,12 ; 1 Jean 3,2)
♦ Foi et raison. L’intelligence est en mouvement au cœur du croire. Le pape Benoit XVI lors de sa venue à Paris, sept. 2008 - © JCHIl est vrai que les réalités et vérités de la foi nous dépassent mais "bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut y avoir de vrai désaccord entre elles. "Les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu" (Cec 159). L’acte de foi a ceci de spécifique que la personne est impliquée dans le processus (individuel et collectif) dont elle parle. Il ne s'agit pas d'une connaissance extérieure, moins encore d'une théorie explicative, mais d'une tentative d'élucidation concernant une histoire vécue, une expérience.
♦ Écclésialité de la foi. Croire est un acte personnel la foi catholique se reçoit et se transmet dans l’Église. On ne peut pas croire tout seul ni reconstituer le contenu de la foi par nous-mêmes. Ainsi, au moment de notre baptême, de notre entrée dans l’Église, nous sommes invités à prononcer la profession de foi de l’Église. C’est elle qui porte, transmet et nourrit la foi. Elle proclame cette foi unique à travers les lieux et les âges par la proclamation du Symbole de la foi.
♦ La foi est nécessaire au salut (cf. Marc 16,16 ; Cec 161) "Sans la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu" (Hébreux 11,6). "Ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église et cependant cherchent Dieu d'un cœur sincère et qui s'efforcent d'accomplir dans leurs actes sa volonté qu'ils connaissent par les injonctions de leur conscience, ceux-là également peuvent obtenir le salut." Haut

La spécificité de la foi chrétienne

La spécificité de la foi chrétienne est une question importante car il ne va pas de soi de croire, et il va encore moins de soi de croire au Dieu de Jésus Christ. Alors, allons à l’essentiel : le cœur de notre foi, l’originalité du christianisme, c’est le Christ ! Ce qui distingue les chrétiens, c’est la façon dont ils considèrent Jésus, ce qu’il a fait et ce qu’il a dit, sa passion, sa mort et sa résurrection ; c’est la façon étonnante dont ils parlent de l’identité de cet homme : Messie, Fils de Dieu, Verbe de Dieu, qui nous montre le Père et nous donne son Esprit. Reprends le symbole de la foi en le priant : que dis-tu dans le Credo en affirmant "je crois" ? L’essentiel de la foi chrétienne tient apparemment en peu de choses et pourtant ces vérités sont divines. Ce qu’elle dit est simple mais porteur d’une immense puissance, d’une vie nouvelle. Le sens ultime de l’existence humaine est que nous sommes appelés à nous unir à Dieu, à devenir Dieu.

Croire en l’invisible seulement – Dieu dans son ciel – n’implique pas. Le Caravage - Saint Thomas touchant les plaies du Christ est guéri de sa non foiMais c’est croire au cœur du visible qui est difficile et impose d’apprendre à écouter et à voir. Cela nous demande de plonger en pleine pâte humaine, de ne pas avoir peur de se salir, de cohabiter avec les êtres et les choses au point d’en être transformé. En effet, paradoxalement, plus l’homme s’humanise, plus il est divinisé et rejoint Dieu, qui s’est fait chair. Un homme pleinement homme. Haut

Cohérence entre la foi et la vie

Qui, aujourd’hui, autour de nous perçoit que lorsqu’on parle de foi, c’est de vie divine, de vitalité, de bonheur, mais surtout de Quelqu’un, de Jésus Christ qu’il s’agit ?

Le message des Évangiles reste trop souvent inaccessible, inaudible. Comment donner accès à ce trésor ? Toute la vie du chrétien cherche à manifester sa foi. Aucun aspect ne peut manquer d’être illuminé par elle. "Le juste vit de la foi" (Romains 1,17). La foi agit par la charité (cf. Galates 5,6). Sans les oeuvres, la foi est morte (cf. Jacques 2,20-26). Lorsque cette unité de vie manque et que l’on compose avec une conduite opposée à la foi, celle-ci s’affaiblit nécessairement. "Pour vivre, croître et persévérer jusqu’à la fin dans la foi nous devons la nourrir" (Cec 162). Nous devons demander à Dieu qu’il nous l’augmente (cf. Luc 17,5), qu’il nous rende "forts dans la foi" (1 Pierre 5,9).

Nous avons reçu le don de la foi pour le propager, non pas pour le cacher (cf. Cec 166). Comment la foi agit, transforme, comment elle modèle le rapport à la vie, à la mort, à l’espérance, au monde et aux autres : l’enjeu pour nous, chrétiens, est de manifester que notre bonheur vient d’un décentrement, d’une sortie de soi, d’une conversion au sens premier du terme. Nous tournons notre regard vers un autre que nous et croyons que son amour nous accompagne et guide l’humanité, que chacun est aimé et sauvé par lui. Ce qui rend crédible notre foi, c’est la personne de Jésus Christ. Dieu – c’est du moins l’expérience commune –, nul ne l’a jamais vu : les chrétiens croient que Jésus est le Fils venu nous tourner vers Dieu pour le révéler comme Père de tous.

Là où nous sommes parfois tentés de poser des réponses, mieux vaut proposer des chemins alors qu’on voudrait tellement réussir à témoigner, à transmettre la foi. Dieu seul peut la donner. C’est déroutant de voir que la foi semble moins facile d’accès pour d’autres ou que certains sont déjà depuis longtemps à cheminer avec le Christ sans pour autant le savoir, le reconnaître : "Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour", écrit saint Jean de la Croix. Croire n’est pas une manière de se protéger : depuis l’annonce de la résurrection, la bonne nouvelle a conduit des hommes et des femmes à changer de vie, à aller même jusqu’au don radical de soi. Et cela continue. Ce qui est au cœur de la foi, c’est bien de croire à la mort et la résurrection du Christ, et à ses effets dans ma vie et dans le monde. Être chrétien, c'est reconnaître que l'on est aimé d'un amour qui nous dépasse et dont nous sommes appelés à vivre. Au cœur de la foi chrétienne, il n’y a pas d’abord une morale mais une rencontre, celle du Christ, notre vie. Haut

CM
Année de la foi :
les conférences de Grégory Solari

Pour "l'année de la foi" un cycle de conférences (décembre 2102 à mai 2013) avait été organisé, à Saint-Germain l'Auxerrois, sur le thème "Vatican II - Vivre le Mystère de la Foi".

L’acclamation liée au récit de l’institution de l’eucharistie synthétise deux dimensions inséparables de la foi : son contenu (le mystère pascal) et son actualisation dans le temps (la liturgie). A la lumière de ce fil conducteur, le cycle de conférences a suivi l’ordre des quatre grands textes du concile, en montrant comment ils présentent successivement les quatre lieux où résonne la Parole de Dieu adressée à l’homme :
- la liturgie, qui retourne le regard de l’homme vers Dieu (Sacro sanctum concilium),
- la communauté réunie par la Parole – l’Eglise décrite dans Lumen gentium,
- l’Ecriture, où résonne le Verbe de Dieu (Dei verbum),
- le Monde d’un côté, la conscience de l’homme de l’autre, dans lesquels les "semences du Verbe" ont été semées depuis l’origine (Gaudium et Spes).

Dans cette perspective, la dimension pastorale de Vatican II apparaît Grégory Solaricomme une véritable mystagogie : une initiation au "Mystère de la foi", dans laquelle la prière, la doctrine et la vie (lex orandi, lex credendi et lex vivendi) sont à nouveau réunies. Ces conférences ont été données par Grégory Solari, éditeur (Ad Solem), essayiste et chroniqueur à Radio Notre-Dame et Famille Chrétienne. C'est également un spécialiste de la pensée du cardinal John-Henry Newman.

  Thème Schéma Audio
6 déc. 2012
Introduction par le Père Dominic Schubert  
       "
La liturgie (Sacro sanctum concilium)
20 déc. 2012
La Communauté réunie (Lumen gentium)
21 fév. 2013
L'Écriture (Dei Verbum)
18 avril 2013
Le Monde (Gaudium et Spes)
23 mai 2013
Conclusion
Bibliographie
  • • Catéchisme de l'Eglise catholique, articles 26 à 184 + 185 à 1065 (le Credo)
  • Credo pour aujourd'hui, J. Ratzinger, Presses du Châtelet, 2008
  • Voici quel est notre Dieu, J. Ratzinger, Plon/Mame, 2001
  • La Révélation divine , Henri de Lubac, Cerf, 1983
  • Credo, H-U von Balthasar, Nouvelle Cité, 1988
  • L'amour seul est digne de foi, H-U von Balthasar, Parole et Silence, 1999
  • Méditations sur la doctrine chrétienne, J. H. Newman, Ad Solem, 2007
  • Les fondements du Christianisme, C. S. Lewis, L.L.B., 2006
  • Croire, Bernard Sesboüé, Droguet et Ardant, 1999
  • L'unité de la foi, Christoph Schönborn, Mame, 1993
  • Connaître la foi catholique, Mgr André Vingt-Trois, Le Sénevé, 2000