Accueil Les sacrements : l'ordre

Fra Angelico, l'ordination diaconale de saint Etienne par saint Pierre, © D.R. "L'ordre est le sacrement grâce auquel la mission confiée par le Christ à ses apôtres continue à être exercée dans l'Eglise, jusqu'à la fin des temps : il est donc le sacrement du ministère apostolique.Il comporte trois rangs, ou degrés : l'épiscopat, le presbytérat et le diaconat." (Cec 1536) Ce sacrement, quelque soit son degré, ne peut être reçu que par des hommes : l'Eglise suit fidèlement, en cela, l'exemple de ce qu'a fait son Seigneur.

Ordinations à Notre-Dame de Paris, juin 2010

"Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi." (1Co 11,24)

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La bonne présence de séminaristes dans les étages

Ouverte en septembre 2000, la maison Saint-Germain l’Auxerrois occupe deux étages du presbytère de la paroisse éponyme. Il s’agit de l’une des sept maisons du Séminaire diocésain de Paris. Une dizaine de séminaristes de second cycle (de la 3ᵉ à la 6ᵉ année de formation) y vivent en communauté accompagnés par deux prêtres résidents.

Comment est organisée la communauté, qu’y font les séminaristes, à quoi ressemble une journée-type ? La réponse à ces questions permettra d’esquisser les contours de la formation des prêtres à Paris initiée par le cardinal Lustiger et confirmée par son successeur, le cardinal Vingt-Trois.

Une maison de séminaire est tout d’abord un lieu de vie, les études étant suivies à la Faculté Notre-Dame installée dans les locaux du Collège des Bernardins. Chaque séminariste a sa chambre et partage avec les autres occupants les locaux communautaires que sont l’oratoire, la salle à manger et le salon, la vie commune étant fondée sur la messe et la Prière des Heures, les repas pris ensemble, les échanges communautaires et les moments de détente.

Un séminariste est en charge d’une tâche particulière pour le service de la communauté : comptabilité, répétition de chants, approvisionnements, etc. Ils assurent aussi l’entretien de la maison et la préparation d’une partie des repas.

Cette prise en charge matérielle n’est pas seulement l’occasion d’acquérir un certain sens pratique : elle vise à affermir le souci du bien commun.

L’approfondissement continuel de la charité fraternelle est un axe majeur de la formation.

Chaque journée commence par la prière commune des Laudes, suivie du petit déjeuner pris ensemble. Puis, en fonction de leur emploi du temps, les séminaristes vont à la faculté, travaillent dans leur chambre ou prient personnellement. On se retrouve pour la messe, le plus souvent en milieu de journée (en particulier le vendredi à la paroisse), pour le déjeuner, pour la prière des Vêpres en fin d’après-midi, puis pour le dîner.

Une soirée de la semaine est consacrée à la réunion de communauté, lieu d’écoute et de partage. Le mercredi soir est réservé au sport. A un moment ou l’autre de la semaine, chaque séminariste effectue le service apostolique (paroisse, aumônerie de jeunes, hôpital…) qui lui est attribué pour une durée de deux ans. Le samedi soir est libre ; le dimanche, chacun se rend pour la messe dans la paroisse liée à son service apostolique.

On le comprend à travers cette description, un séminariste ne "chôme" pas. Mais l’objectif n’est pas l’accumulation des savoirs et des pratiques. Même s’il est nécessaire d’acquérir des compétences en vue du ministère sacerdotal, il s’agit avant tout pour chacun d’approfondir sa vie de baptisé ainsi que de discerner les appels particuliers de Dieu et d’y répondre.

La formation à la fois humaine, intellectuelle, pastorale et spirituelle dont bénéficient les séminaristes doit tendre vers une unification intérieure où la liberté se rend disponible à la volonté de Dieu et à la mission de l’Église. C’est un travail de longue haleine.

Quel soutien attendons-nous de la part des fidèles ? En premier lieu, un soutien amical et spirituel. Prier le Maître de la moisson pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson (Cf. Mt 9,38) est un devoir pour tous. Ensuite, est-il utile de rappeler que la formation des prêtres ne bénéficie d’aucun subside de l’État (ni même du Vatican, comme le pensent certains) ? Elle est entièrement financée par les dons des fidèles. Pour information, les dépenses annuelles pour la formation d’un séminariste s’élèvent à 22 000 € environ.

L’Œuvre des Vocations collecte les dons et legs en faveur de ceux qui seront les prêtres de demain : pensez-y ! Promo 2014-205

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Où est le vrai pasteur ?

Vouloir aimer Dieu, vouloir le faire aimer et vouloir faire sa volonté, sans limites spatiales ni temporelles, telles sont les qualités fondamentales de l’apôtre (au sens large). Ces qualités en appellent à la volonté et non au sentiment. C’est là une excellente chose puisque la mise en œuvre de la volonté suppose que l'intelligence ait perçu ce qui était bon et, par conséquent le désire de manière stable, consistante, en restant à l’abri des passions, des sentiments fluctuants, des changements – des changements de personnes en particulier. On le voit quelquefois au départ d’un curé, par exemple : certains mettent fin à leurs engagements comme s’ils étaient liés à une personne humaine.

Il est bon de se souvenir de ce que dit saint Paul, dans la première lettre aux Corinthiens : "Mes frères, il m'a été signalé à votre sujet qu'il y a parmi vous des discordes. J'entends par là que chacun de vous dit : "Moi, je suis à Paul" - "Et moi, à Apollos" - "Et moi, à Céphas" - "Et moi, au Christ." Le Christ est-il divisé ? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?" (1Co 1,11)

Le prêtre n'est ni un leader, ni le chef d'un parti, mais un pasteur : le pasteur a le souci de chaque brebis. Il est là où elle a besoin de sa présence, de son aide, de sa compassion.

Le pasteur ne marche pas en tête du troupeau. Il peut être devant, au milieu ou derrière. Tout comme un chemin.

Il est, de fait, configuré à Jésus qui est le Chemin par excellence : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi." (Jean 14,6)


Introduction

Le sacrement de l’ordre est relié d’une manière spéciale à l’eucharistie et à la confession :
- à l’eucharistie d’abord puisqu’il permet au ministre ordonné (le prêtre) de célébrer la messe et, au moment de la consécration, d’invoquer l’Esprit saint sur les offrandes – le pain et le vin – pour qu’elles deviennent le Corps et le Sang du Seigneur Jésus. Le prêtre est nécessaire pour cette action mais n’est donc pas, à proprement parler, le "sacrificateur". Ce pouvoir du prêtre trouve son origine dans la parole du Christ, lors de la Cène, le Jeudi Saint. Ce soir-là il institue l’eucharistie et dit à ses apôtres : "Faites ceci en mémoire de moi" (1Co 11,24). Depuis, le sacerdoce ministériel se transmet aux successeurs des apôtres que sont les évêques. Et les évêques, par l’imposition des mains et les paroles de consécration, "ordonnent" les prêtres,

- et, ensuite, à la confession car le prêtre peut pardonner, ou non, les péchés de celui qui s’en confesse. L’absolution n’est pas donnée, par exemple, quand le pénitent n’accepte pas de changer une conduite mauvaise et grave. Ce "pouvoir" vient de cette parole du Christ à ses apôtres : "En vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié" (Matthieu 18,18). Le prêtre agit au nom de Dieu qui a, seul, le pouvoir de pardonner les péchés : c’est un acte métaphysique. Dieu recrée le tissu relationnel de l’homme endommagé, plus ou moins gravement, par le péché. Il ne s'agit donc pas simplement d'enlever des fautes comme on enlève des taches sur un tissu, il y a une action très profonde qui permet de réouvrir le coeur d'où jaillit l'Esprit Saint, la source d'eau vive. La confesion et l'absolution des péchés peuvent avoir des effets psychologiques bénéfiques et sensibles. Mais là n'est pas le but. Haut

I – Le prêtre dans les deux Alliances
Dans l'Ancienne Alliance

Du milieu du peuple d'Israël établi comme "un royaume de prêttes et une nation consacrée" (Ex 19,6) Dieu met à part la tribu des Lévites : ils auront pour charge une mission liturgique : intercession pour le peuple, annonce de la Parole, sacrifices pour la rémission des péchés, ... (Nombres 1,48-53) Ce sacerdoce se transmettait ainsi par des liens de sang mais les sacrifices devaient être sans cesse répétés, sans espoir d'une sanctification définitive. Le sacerdoce ancien préfigurait cependant l'unique sacerdoce du Christ. Haut

Dans la Nouvelle Alliance

Le Christ, vrai homme et vrai Dieu, accomplira le sacerdoce ancien en offrant sa vie et sa mort pour la rémission des péchés. Sa double nature, humaine et divine, fait de lui le Grand prêtre, unique médiateur entre Dieu et les hommes. De fait il est "le seul vrai prêtre, les autres n'étant que ses ministres". L'Eglise est ainsi constituée en un "Royaume de prêtres pour son Dieu et Père". Ce sacerdoce s'exerce de deux manières :
- les fidèles exercent leur sacerdoce en vivant (de) leur vie baptismale là où ils sont, dans chacun de leur état de vie. Ils intercèdent pour le monde qu'ils tournent vers le Père, et sont aussi chargés d'annoncer la bonne nouvelle du salut,
- les évêques et les prêtres exercent un sacerdoce ministériel : ils sont au service du sacerdoce commun des fidèles en leur offrant toute l'économie sacramentelle dont ils ont besoin pour leur sanctification (eucharistie, réconciliation, etc.) et en les enseignant (à partir de la Parole de Dieu et du magistère de l'Eglise).

L'évêque ou le prêtre, quand il célèbre la messe, agit au nom de toute l'Eglise. En ce sens il ne peut exister de "messe privée", ce serait un contre-sens. Haut

II – Les trois degrés de ce sacrement

Les évêques et les prêtres agissent en la personne du Christ, tête de l'Eglise. Ils sont assistés des diacres. Le sacrement de l'ordre confère un caractère spirituel indélébile qui ne peut être réitéré. On distingue trois degrés dans le sacrement de l'ordre.

L'évêque

L'évêque Saint Germain d'Auxerre - © TekoaphotosIl a "la plénitude du sacerdoce" avec, en particulier et dans des conditions précises, le pouvoir d'ordonner d'autres évêques, des prêtres et des diacres. Les trois charges de l'évêque sont la sanctification, l'enseignement et le gouvernement des fidèles de son diocèse.

Le pape, évêque de Rome, joue un rôle particulier en tant que chef du collège épiscopal, c'est-à-dire de tous les évêques du monde.

Le prêtre

Les prêtres sont les collaborateurs directs de l'évêque. Ils l'assistent dans ses différentes charges. Un curé, par exemple, est un prêtre nommé pour s'occuper d'une paroisse, une "portion territoriale" du diocèse. Mais les prêtres peuvent avoir égalemnt d'autres ministères non territorialisés : enseignement, aumônerie de mouvements d'Eglise, etc. Les prêtres, comme les évêques sont des hommes et ils s'engagent au célibat dans l'Eglise latine (cf. Cec 1579). Il en est autrement, pour le célibat, dans les Eglises orientales (cf. Cec 1580).

Le diacre

Le diacre saint Vincent, statue à Saint Germain d'Auxerre - © DRLes diacres sont ordonnés "en vue du service". Un prêtre ne peut être ordonné s'il n'a pas d'abord été diacre. En revanche il existe des "diacres permanents" : ils sont en général mariés et suivent une formation particulière, beaucoup moins longue que celle reçue par les diacres en vue du sacerdoce. Le diacre est "serviteur de tous" et est appelé, bien souvent, à se consacrer aux divers services de la charité. Le diacre assiste ausi évêques et prêtres dans la liturgie. Ils peuvent célébrer des baptêmes et des mariages sans messe. Haut

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Dangers du succès apostolique

Les apostolats dans l'Eglise sont nombreux et variés. Ce sont toujours des services ordonnés au bien de l'Eglise. Ils supposent donc d'être vécus généreusement et gratuitement, sans que soient recherchées des gratifications personnelles et des honneurs. Mais, malheureusement, il n'en est pas toujours ainsi.

Dom Jean-Baptiste Chautard (1858-1935) écrit* : "L’âme maintenant a savouré le plaisir de voir ses efforts couronnés des plus encourageants succès… Agir est devenu sa passion" (p. 95). L’apôtre atteint un certain sommet : il peut se complaire dans sa réussite… Mais la chute peut être rude. Selon l'auteur voici les trois étapes principales de la dégringolade :
1 – "L’âme a d’abord progressivement perdu (si jamais elle les a eues !) la netteté et la force des convictions sur la vie surnaturelle, le monde spirituel et l’économie du plan et de l’action de Notre Seigneur quant au rapport (la relation entre) de la vie intime de l’ouvrier évangélique avec les œuvres... L’âme se recherche bien plus que Dieu. Réputation, gloire, intérêts personnels sont au premier plan." Causes ou conséquences : dissipation, oubli de la présence de Dieu, abandon des oraisons spontanées et de la garde du cœur, le manque de délicatesse de conscience… La tiédeur est proche" (p. 97).
2 – L’abandon d’une règle dans l’emploi du temps, dans sa bonne organisation. Conséquences : abandon des lectures spirituelles, de l’étude. S’agissant du prêtre : "il préfère improviser ses homélies que de les travailler (et il pense qu’il le fait avec un rare bonheur)". SCette étape est encore caractérisée par l’abandon progressif de la méditation :

- "Or, dans la vie active, abandonner la méditation équivaut à jeter bas les armes devant l’ennemi".
- Saint Vincent de Paul : "un homme sans oraison n’est capable de rien, pas même de se renoncer en quoi que ce soit : c’est la vie animale toute pure". Sévère !
- Dom Chautard : "Quand l’oraison se réduit à rien ou à presque rien "on tombe fatalement dans la tiédeur de volonté… L’âme s’est mise en état de ne plus voir" (c'est-à-dire de ne plus voir avec la vraie lumière ou de ne plus voir au sens où il se crée des zones mortes, des points aveugles en nous, ce qui conduit au péché, à se tromper de but).
3 – La froideur par rapport aux sacrements : "ils sont reçus ou administrés comme une chose respectable sans doute, mais on ne sent plus palpiter la vie qu’ils contiennent". Jésus essaye encore de parler à cette âme mais "la porte du cœur n’étant que faible-ment entrouverte, Jésus ne peut entrer". A cette étape, remarque Dom Chautard, les pensées sont typiquement "humaines, terrestres, vaines, superficielles, égoïstes, elles convergent de plus en plus vers le moi ou les créatures (au sens le plus large), et cela avec l’apparence du dévouement et du sacrifice. A ce désordre dans l’intelligence correspond le dérèglement dans l’imagination. On n’a même pas l’idée de la réfréner" (p. 101). Ce qui revient à dire que l’on perd le contact avec la réalité, dans ses deux dimensions, visible et invisible. Dom Chautard cite le Père Lallement : "Nombre d’hommes apostoliques ne font rien purement pour Dieu. Ils se cherchent en tout et mêlent toujours secrètement leur propre intérêt avec la gloire de Dieu dans leurs meilleures entreprises." Le danger, classiquement dénoncé dans tous les traités de vie spirituelle (L’Imitation, par exemple), c’est celui de la recherche de soi-même, de son intérêt, de sa gloire (la vaine gloire, la gloriole) Haut

* Dom Jean-Baptiste Chautard, L'âme de tout apostolat, éd. Traditions Monastiques, 2004.

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III – L'ordination des femmes

L'Eglise catholique s'en tient à ce qu'a fait son Seigneur, par amour pour lui, dans une confiance absolue en ses actes et en ses paroles. Ce que le Seigneur a fait l'est pour le service des hommes jusqu'à la fin de l'histoire. En lui il n'y a rien de contingent, des choses dont on pourrait dire qu'elles n'ont plus cours maintenant.

Par définition Dieu ne peut se "conformer" à un usage pour la seule raison qu’il serait en vigueur. En adoptant telle langage, tel vêtement, telle nourriture, telle activité, le Christ leur confère une valeur sacrée, ou encore – et cela revient au même – nous en garantit le bien-fondé et authentifie leur caractère normatif. Sinon, il faudrait admettre que les actions divines peuvent être sans raison suffisante, ce qui est une impossibilité métaphysique. (cf. Jean Borella, De la femme et du sacerdoce)

L'homme, dans sa structure fondamentale, corps et âme unis, est le même depuis son origine. Au niveau de son essence il n'y a rien à attendre de nouveau... Le Christ est venu sauver cet être humain, radicalement différencié en homme ou femme.

Il a choisi ses apôtres parmi des hommes, il a institué l'eucharistie entouré des Douze en leur donnant ce commandement de réitérer ce qu'il a fait "en mémoire de lui". Et les apôtres (les premiers évêques), par la suite, ont eux-mêmes choisi leurs successeurs et collaborateurs parmi des hommes. Telle est la Tradition sacrée, il n'y a rien à inventer d'autre.

L'erreur est d'intellectualiser le ministère du prêtre et de dériver vers l'idéologie de décrocher du réel (visible et invisible) qui est un don de Dieu. Ce qui est important c'est d'approfondir le mystère de ce don et de tout ce que la différence sexuelle implique de bon et comment elle est nécessaire pour que l'homme soit à l'image de Dieu. Ce qui revient à parler des missions spécifiques de l'homme et de la femme et non plus de leurs rôles (interchangeables comme au théâtre... mais le réel n'est pas un théâtre). Les revendications féministes à propos de l'ordination des femmes sont donc marquées par la superficialité. Pour preuve les contemplatives ont souvent ce grand désir du sacerdoce mais il n'y a aucune revendication en elles. On se souviendra en particulier de cette page admirable où Thérèse de l'Enfant-Jésus exprime ses "grands désirs" :

Etre ton épouse, ô Jésus, être carmélite, être par mon union avec toi la mère des âmes, cela devrait me suffire... il n'en est pas ainsi... Sans doute, ces trois privilèges sont bien ma vocation, Carmélite, Epouse et Mère, cependant je sens en moi d'autres vocations, je me sens la vocation de Guerrier, de Prêtre, d'Apôtre, de Docteur, de Martyr; enfin, je sens le besoin, le désir d'accomplir pour toi Jésus toutes les oeuvres les plus héroïques...

Je sens en moi la vocation de Prêtre ; avec quel amour, ô Jésus, je te porterais dans mes mains lorsque, à ma voix, tu descendrais du Ciel... Avec quel amour je te donnerais aux âmes !... Mais hélas ! tout en désirant d'être Prêtre, j'admire et j'envie l'humilité de saint François d'Assise et je me sens la vocation de l'imiter en refusant la sublime dignité du sacerdoce. Ô Jésus ! mon amour, ma vie... comment allier ces contrastes ? (Manuscrit B 2v°)

Le philosophe et métaphysicien Jean Borella, dans une analyse originale des Ecritures se rapportant au personnage mystérieux Melchisédech, justifie ainsi l'exclusion de la femme du ministère sacerdotal catholique : "Melchisédech, roi de Shalem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Dieu Très-Haut." (Genèse 14,18-20) et, parmi d'autres références, "En effet, ce Melchisédech, roi de Salem, prêtre du Dieu Très-Haut, qui se porta à la rencontre d'Abraham s'en retournant après la défaite des rois, et qui le bénit ; à qui aussi Abraham attribua la dîme de tout, dont on interprète d'abord le nom comme "roi de justice" et qui est aussi roi de Salem, c'est-à-dire "roi de paix", qui est sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n'ont pas de commencement et dont la vie n'a pas de fin, qui est assimilé au Fils de Dieu, ce Melchisédech demeure prêtre pour toujours (Hébreux 7,1-3). Le Christ "est prêtre selon l'ordre de Melchisédech". Son sacerdoce n'est donc pas lié à la transmission par une génération naturelle qui passe par la femme. Haut

Dans le cas du sacerdoce catholique, ce qui habilite l’homme à le recevoir, c’est une certaine neutralité sexuelle à l’égard de la génération et de l’enfantement : la femme est, en effet, plus mère que l’homme n’est père, elle est plus intimement liée à la fécondité générative ; elle incarne, par excellence, la fonction généalogique, c’est-à-dire la permanence d’une continuité naturelle. Et c’est pourquoi la femme-mère est exclue de la participation directe à un sacerdoce qui relève d’une discontinuité surnaturelle. (cf. intégralité du texte de Jean Borella)
Conclusion

La vie même du prêtre, configuré au Christ, est un don de sa personne. Son ministère ne pourra porter des fruits de vie éternelle que s'il est uni à son Seigneur. Cette union se vérifie dans l'amour de la vérité, l'humilité et la charité pastorale. "Quant au ministre orgueilleux il est à ranger avec le diable" disait sans détour saint Augustin. Et Thérèse de l'Enfant-Jésus est entrée au Carmel "pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les Prêtres." C'est tout dire de l'enjeu...

La charité pastorale est la vertu par laquelle nous imitons le Christ dans son don de soi et dans son service. Ce n'est pas seulement ce que nous faisons, mais c'est le don de nous-mêmes qui manifeste l'amour du Christ pour son troupeau. La charité pastorale détermine notre façon de penser et d'agir, notre mode de relation avec les gens. Cela devient particulièrement exigeant pour nous.
Jean-Paul II, 7 octobre 1989

Nous le comprenons bien : le danger, pour le prêtre, c'est l'avidité pastorale, comme si la paroisse était un supermarché où chacun devait trouver ce qui lui convient. La vie du saint Curé d'Ars est là pour nous rappeler l'essentiel et cette enseignabilité fondamentale : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur." (Mt 11,29) Haut

JCH

Références
  • • Catéchisme de l'Eglise catholique, articles 1536 - 1600
  • • Magistère : Presbyterorum ordinis (PO) ; Lumen Gentium (LG)
  • Pastores dabo vobis, Jean-Paul II, 1981
  • L'eucharistie et le prêtre, actes du colloque d'Ars 2000, éd. Parole et Silence
  • Le sacerdoce ministériel du prêtre catholique, actes du colloque ICES 2010
  • Le prêtre, maître spirituel, Max Huot de Longchamp, Centre Saint Jean de la Croix, 2007
  • Les vocations sacerdotales, T. Anatrella, G. de Menthière, A. Roméro, éd. Le Laurier, 2009